Article 3
et Article 4 du traité entre Niépce et
Daguerre.
Le principe
physico-chimique de l'invention.
par Jacques Roquencourt
Sommaire: Nous précisons
la base du contrat entre Niépce et Daguerre, le rappel des
articles limitant l'application de ce contrat. Nous insistons sur le
principe physico-chimique de l'invention de l'Héliographie et
apportons des précisions sur la dénomination des
différents procédés. Nous démontrons
aussi que le procédé utilisant le résidu de
l'essence de lavande n'est pas le Physautotype, mais le
Physiotipe.
"dans l'espoir que
je ne réclamerai pas en vain l'utile appui de tant de
personnes plus capables que moi d'en assurer la réussite ..Niépce"
"liés par un traité
d'après lequel il ne sera donné de publicité
à ma découverte que lorsqu'elle aura atteint un
degré de perfection jugé nécessaire, ce travail va se trouver spécialement à
la charge de mon associé..(Mr Daguerre)...."
Niépce
à de Curley : 18 février 1830.
"En 1829 M Daguerre
s'est associé avec Mr Niépce pour le
perfectionnement du procédé de Mr
Niépce" Daguerre 1839.
Cette découverte consiste dans la reproduction
spontanée des images reçues dans la chambre
noire.
Art 3 ......Monsieur Niépce devra confier
à Mr Daguerre .....le principe sur
lequel repose sa découverte.....
Art 4 .......Mr Daguerre s'engage .....à garder
le plus grand secret, tant sur le principe
fondamental de la
découverte....
et à coopérer autant qu'il lui sera
possible aux améliorations
jugées nécessaires....
Notice.
La découverte que j'ai faite et que je
désigne sous le nom d'héliographie, consiste à
reproduire spontanément par l'action de la lumière,
avec les dégradations de teintes du noir au blanc les images
reçues dans la chambre obscure.
Principe fondamental de la
découverte.
La lumière, dans son état de composition
et de décomposition, agit chimiquement sur les corps. Elle est
absorbée, elle se combine avec eux et leur communique de
nouvelles propriétés. Ainsi, elle
augmente la consistance naturelle de quelques uns de ces corps; elle
les solidifie même, et les rend plus ou moins insolubles,
suivant la durée ou l'intensité de son action. Tel est
en peu de mots, le principe de la découverte.
Ce texte suivant, très important, publié
dans le début des années 1820, démontre que
le principe physico-chimique du
procédé de Niépce1, était connu des chimistes.
"Remarques sur la solubilité des résines et
des vernis dans l'alcohol ou autres dissolvants.
Il est facile de se convaincre, par une suite d'essais
très simples, que ces substances sont
composées de molécules dont les
propriétés chimiques varient quant à leur
degré de solubilité. On doit les considérer
comme un composé de parties dont les unes sont très
solubles à une faible température dans l'alcohol et
même par le simple contact avec ce liquide, et dont les autres
un peu moins solubles demandent l'application d'une certaine chaleur
; d'autres enfin sur lesquelles l'impression de l'air, du soleil, et
même de la chaleur des infusions, a opéré une
modification qui se fait apercevoir par la résistance qu'elles
présentent à l'action du liquide spiritueux. Cependant ces trois parties constituent dans
la résine un tout homogène.
Il n'y a que le
procédé de dissolution qui puisse les montrer dans
leurs vrais attributs. Mais quelle que soit la quantité
du liquide qu'on ajoute au résidu résineux dans le but
d'arriver à une dissolution complète, elle ne
s'opérera pas.
Ainsi, lorsqu'on mêle à l'alcohol une dose
trop forte de matière, il s'empare d'abord des parties les
plus solubles, et il a peu de prises sur celles qui le sont moins.
Les parties sèches de la résine échappent
à l'action du liquide si l'on n'emploie qu'une chaleur
modérée. Dans ce cas, le vernis est faiblement
coloré, mais s'il gagne en élasticité , il perd
de la consistance et de la solidité. C'est un avantage de
réunir les trois caractères à la fois. On y
parvient par des doses limitées et en opérant avec plus
de soins et de lenteur. "
Ce principe physico-chimique
était la base du contrat entre Niépce et
Daguerre1
Il dirigera continuellement les
recherches de Niépce et de Daguerre.
Nous avons déjà écrit de nombreuses
fois, que le procédé du résidu de l'essence de
lavande n'est pas le physautotype !
Le vernis photo-sensible du physautotype est
constitué d'un composé de résidu d'huile de
pétrole et du résidu d'essence de lavande. Ce dernier résidu avait été
découvert par Daguerre. Dans ce composé,
la partie photo-sensible est le résidu
d'huile de pétrole. Le pétrole est classé
dans la famille des bitumes2. Le vernis composé d'un
dosage différent de ces deux résidus n'étant pas
coloré, donnera une image sans coloration: c'est ce que
voulait Daguerre.3
Après exposition à la lumière,
l'image était obtenue avec les actions successives de vapeur
d'éther sulfurique et de dissolvant liquide, méthode
mise au point par le directeur du diorama.
Daguerre découvrira la
sensibilité à la lumière du résidu de
l'essence de lavande.
Nos deux chercheurs en étaient là, au
décès de Niépce.
Par la suite, Daguerre fera
apparaître l'image avec les vapeurs de
pétrole.
Cela constituera les apports de
Daguerre au procédé de
Niépce.5
Jean-Louis Marignier prétexte
un manque de mémoire de la part de Daguerre pour
l'appellation du procédé au résidu de l'essence
de lavande, lui permettant ainsi d'attribuer l'invention de ce
procédé aussi à Niépce. Daguerre,
après le décès de Niépce, mentionnera
comme nom le physiotipeet non le physautotype.
Daguerre écrit à
Isidore:
"Physiotipe ou Empreinte
naturelle".
formé de: Phusis = nature;
Typos = empreinte.
ce qui montre bien que Daguerre
se souvenait du code.
L'argument de Jean Louis Marignier
n'est pas recevable. Cet argument est fallacieux et spolie
Daguerre 6, car
la lecture de la correspondance montre à l'évidence,
que Daguerre ne fait pas d'erreur et se
souvient bien du code forgé par Nicéphore
Niépce. Ce procédé appartient uniquement
à Daguerre et pour s'en convaincre, il suffira de lire les
commentaires d'Isidore Niépce à ce sujet, dans son
pamphlet contre son "Cher associé"4
Les noms des
procédés successifs sont en relation directe avec le
produit photosensible employé:
héliographie =
bitume de judée = bitume = principe physico-chimique du
contrat entre Niépce et Daguerre: inventé par
Niépce.
physautotype =
résidu d'huile de pétrole = résidu de bitume =
principe physico-chimique du contrat entre Niépce et Daguerre:
inventé par Niépce et Daguerre.
physiotipe =
résidu d'essence de lavande = résidu résineux =
principe physico-chimique du contrat entre Niépce et Daguerre:
inventé par Daguerre.
daguerréotype =
iodure d'argent = sel d'argent = principe physico-chimique
différent de celui du contrat entre Niépce et Daguerre:
inventé par Daguerre.
Comme nous l'avons déjà
écrit 2, la
sensibilité du vernis et la visibilité de l'image
dépendront uniquement des composants constituant le vernis.
La plaque insolée est
trempée dans un dissolvant liquide, l'image est
dépouillée, le résidu non exposé à
la lumière est dissout.
Dans le cas de l'exposition aux
vapeurs d'huile de pétrole , l'image n'est plus
dépouillée mais révélée, puisque
dans ce cas le changement moléculaire (chaînage des
atomes de carbone) du résidu plus ou moins exposé sera
mis en évidence par les vapeurs d'huile de pétrole. La
phénoménologie est identique dans le
daguerréotype: les vapeurs de mercure font aussi
apparaître l'image en fonction de l'insolation de l'iodure
d'argent.
Notes
1
-Depuis le pamphlet d'Isidore et la polémique savamment
entretenue par la famille4, force est de
constater que l'on ne sait pas lire un contrat !
-Nous l'avions déjà
indiqué dans les annales de la "Société L J M
Daguerre" édité en 1989.
-Voir aussi notre contestation sur les
différentes méthodes utilisées pour travestir la
vérité.
2 -Daguerre et
l'optique : J Roquencourt: Études Photographiques: n°5
1998, notes 3 et 20 (Société Française de
Photographie).
3 - Voir la remarque de Daguerre dans son
opuscule sur la couleur du procédé de Niépce
page 39 de l'édition Giroux
4 -
Peut-être que pour Jean-Louis Marignier, Isidore ne se
souvient plus non plus !.
Ce pamphlet a été réédité
hors commerce et tiré à 1000 exemplaires en 1972 par la
société OFMI-GARAMONT*, avec la
participation d'André Jammes et de Janine Niépce. On y
trouve les photographies du premier diaphragme à iris,
naturellement attribué à Niépce, la chambre
à soufflet qui n'est autre que le soufflet du
Pyréolophore ainsi que la table servie qui n'est pas de
Nicéphore (Nous reviendrons sur ce sujet).
Jean Dereck , en guise d'avertissement , reconnaît que
"le texte souffre peut-être d'un contenu et d'un ton plus
polémique qu'historique.sans doute, (écrit-il) mais il
nous a paru d'un intérêt certain de rappeler la
précarité des moyens et les embûches de toutes
sortes qui ont été le lot de Niépce et, par
là-même , de préciser les rôles
respectifs,et d'ailleurs respectés de l'inventeur .......Si ce
petit ouvrage contribue quelque peu à la connaissance et
à la gloire d'une des plus primordiales inventions
françaises, notre but sera atteint."
En introduction, Jean Dereck cite Victor Hugo:"Aimer , c'est la
moitié de croire" et termine en précisant que c'est en
hommage à Niépce que ce texte a été
réédité.
Jean Dereck est décédé , nous aurions
souhaité lui expliquer comment sa sincérité a
été abusée.
* La Société Ofmi-Garamont a
changé de nom et de raison sociale en devenant la
Société Heidelberg France depuis le 31 mars 1998.
5- Voir le résumé écrit
par Daguerre sur les "Modifications apportées au
procédé de Niépce par Daguerre" de son opuscule
dans l'édition de Giroux, par exemple.
6-
Ce chercheur a écrit de
nombreux articles en propageant cette fausse information
Nous
dénonçons cette imposture !
-Nous ferons remarquer que les travaux de ce dernier,
présentés comme nouveaux, avaient déjà
été effectués par Niépce de St
Victor.
Arago en présentant
l'historique des inventions des procédés de
Niépce et de Daguerre, indique que l'utilisation du
résidu de l'essence de lavande comme élément
photosensible et des vapeurs de pétrole pour faire
apparaïtre l'image, sont uniquement
du fait de Daguerre.
On pourrait s'étonner
qu'aucun historien n'ait relevé la contradiction entre les
affirmations de JL Marignier et toutes les sources*.
* sauf Derek Wood.
commentaire d'Arago page 16 de
l'opuscule de Daguerre, édition de Giroux.
Lire aussi cette copie du
compte-rendu de l'Académie des Sciences.
Nous publions ci-dessous le texte
des modifications apportées uniquement par Daguerre
au procédé de Niépce et que Jean-Louis Marignier
a l'imprudence d'appeler Physautotype, lui permettant ainsi,
d'attribuer ces améliorations aux deux inventeurs.
Ces méthodes sont
inadmissibles et desservent la mémoire de
Niépce!